Victime d'une agression : être indemnisée même si l'auteur ne paie pas
Tribunal correctionnel puis CIVI : pourquoi mener les deux procédures peut changer l'indemnisation d'une victime de violences.
Une femme est grièvement blessée lors d'une agression. L'auteur est condamné pénalement. Pour elle, pourtant, le chemin vers l'indemnisation ne fait que commencer. Ce dossier, que j'ai suivi de la plainte jusqu'à l'indemnisation définitive, illustre les étapes et les pièges du parcours.
1. Le procès pénal fixe la responsabilité, pas encore le montant
Lorsque les blessures ne sont pas consolidées, le tribunal correctionnel statue sur la culpabilité, reçoit la constitution de partie civile, ordonne une expertise médicale et peut accorder une provision. L'affaire revient ensuite devant lui, sur les seuls intérêts civils, une fois le rapport d'expertise déposé.
2. Mettre en cause les bons interlocuteurs
La caisse d'assurance maladie doit être appelée à la procédure pour faire valoir ses débours. Lorsqu'un assureur est susceptible de garantir le dommage, il peut également être mis en cause devant le juge pénal : la décision lui devient alors opposable.
3. Le comportement de la victime peut être discuté
Dans ce dossier, l'auteur soutenait que la victime avait commis une faute. Le tribunal a écarté une partie de ses arguments, mais a retenu que la victime s'était exposée en tentant de retenir son agresseur, et a réduit son droit à indemnisation d'un cinquième. C'est un risque à anticiper dès le dépôt de plainte, dans la manière de relater les faits.
4. Quand l'auteur ne paie pas : la CIVI
Une condamnation ne vaut que si elle est exécutée. Pour les infractions les plus graves (incapacité permanente, incapacité totale de travail d'au moins un mois), la commission d'indemnisation des victimes d'infractions permet d'être indemnisée par le Fonds de garantie, qui se retourne ensuite contre l'auteur.
5. Pourquoi mener les deux procédures
La commission n'est pas liée par l'appréciation du tribunal correctionnel. Dans ce dossier, elle n'a retenu aucune réduction au titre du comportement de la victime, et la négociation avec le Fonds de garantie a abouti à un accord transactionnel, homologué par la commission, couvrant l'ensemble des préjudices. Au total, l'indemnisation obtenue a atteint près du double de ce que le tribunal correctionnel avait alloué.
Les deux voies ne se cumulent pas pour autant : le Fonds tient compte des sommes déjà perçues, et la victime lui reverse ce qu'elle recevrait ensuite de l'auteur pour le même préjudice. Mais engager les deux procédures permet d'obtenir une décision contre l'auteur, puis de faire valoir pleinement ses droits devant la commission.
6. Chaque poste se démontre
Aide d'une tierce personne, y compris à vie, déficit fonctionnel, souffrances, préjudice esthétique, frais d'assistance à l'expertise : chaque poste doit être justifié et chiffré. Une demande globale « tous préjudices confondus » risque d'être écartée : la réparation ne peut pas être forfaitaire.
Dans l'Allier. Les violences sont jugées par le tribunal correctionnel du lieu des faits, et chaque tribunal judiciaire a sa commission d'indemnisation des victimes d'infractions : Cusset, Moulins et Montluçon. J'assiste les victimes devant l'une et l'autre.
Article rédigé à partir de dossiers traités par le cabinet, anonymisés : les noms, montants et détails permettant d'identifier les personnes ont été retirés ou modifiés. Chaque situation est différente : ces informations générales ne remplacent pas une consultation.
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